DSK (mot clé)

24 fév plaisir-title-still-small

Lu hier un article dans Sud-Ouest au sujet de DSK et l’affaire du Carlton. Avec une galerie de portraits des six témoins : « ambassadrices de la volupté » ou « péripatéticiennes », les mots dans l’article ne manquent pas pour les décrire… Cette affaire (dont je ne connais pas vraiment les détails, car je m’en fous un peu, mais hier cet article a accroché mon regard de lectrice, toutes ces métaphores, toutes ces allusions, le romanesque qui transpire, ou qu’on fait transpirer) racontée ainsi devient de la machine à fantasmes, du produit type Hollywood, on bascule direct dans la brigade des mœurs version qui fascine…

« On batifole au bord de piscines », lors de « parties fines », et DSK, le « french lover », « aurait été le seul participant à ces ébats à ignorer qu’il fréquentait des prostitués. » (ici, le mot est lâché, tel quel, on n’écrit pas pute parce que quand même, mais là, fini les périphrases, on ne tourne plus autour du pot : DSK fréquente des prostitués) (je poursuis la citation, vous allez voir, c’est délicieux…) « Tout simplement parce qu’occupé au sauvetage financier de la planète, il arrivait au dernier moment. Juste pour se délasser. » (hein, c’est savoureux quand même !)

Les jeunes femmes (« compagnes de plaisir ») sont décrites ainsi, à partir de leurs témoignages :
Romantique : « À trois reprises, Jade s’est abandonnée dans ses bras. »
Mystérieuse : « La fausse secrétaire » « vend ses charmes »
Bien élevée et cultivée : une ancienne institutrice qui a des connaissances étonnantes en Histoire de l’art use aussi de « ses talents de professionnelle du sexe »
Et puis Mounia, dans la rédemption :
« Retirée du métier, » (du métier… quel métier ? Ah, le plus vieux du monde ?) donc « Retirée du métier, aujourd’hui elle porte le voile ».

Franchement, j’ai eu l’impression de lire un article de l’époque des Brigades du Tigre.

Je me suis demandée si une femme aurait usé du même langage pour écrire ce récit de « sauteries » dans le beau monde, je me suis demandée aussi si le journaliste n’en faisait pas un peu trop…
Je me suis demandée si tous les « sauveurs de planète » étaient résolument des queutards
et avaient besoin de tels repos du guerrier.

Je me suis demandée si Superman allait aux putes.

Je me suis demandée pourquoi ce type s’était laissé piéger à ce point-là et à ce moment-là de sa vie par ses pulsions.
Je me suis demandée pourquoi les ingrédients des histoires étaient toujours les mêmes.
Et je me suis même demandée si le journaliste avait bandé en écrivant son article (au sens où il était content de lui, évidemment…)

Bref. DSK n’était pas malin du tout. (je ne sais pas si ça nous aurait fait un bon président un crédule pareil)
Et la presse ne l’est pas toujours non plus.

Rien de nouveau donc au royaume du Carlton…

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Chut, le bulot écoute le silence… (9)

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La chronique du Bulot, c’était prévu le dimanche. Mais le Bulot ritualise mal…
Il s’accroche un temps à ses désirs de discipline, il fantasme la vie réglée des autres, il imagine que la volonté suffit à être meilleur (et c’est sans doute pas faux), mais le Bulot ne connaît que deux possibilités d’être : aller bien (genre très bien, canaille, joyeux, et tout) ou l’option Repli à babord toute (avec retour à la tanière c’est-à-dire en ce qui le concerne : retour à la coquille).
C’est une pulsion chez lui.
D’ailleurs ne cherchez pas à l’encourager, à lui vanter les mérites d’une vie sociale opérationnelle et efficace, ne bataillez pas pour lui expliquer que c’est comme ça que ça marche, qu’il faut faire ceci ou cela pour y arriver…
Quand il est envahi de son besoin de coquille, il n’entend aucun de vos arguments.

Le Bulot peut se retrouver sur un bateau ou dans une expo, mais c’est parce qu’il en a envie.
Le Bulot peut oublier le monde des jours entiers, mais c’est parce qu’il en a envie.
Le Bulot peut rater un rendez-vous du dimanche, mais c’est parce qu’il n’avait pas grand chose à dire.
Et le Bulot fait partie de ceux-là qui se taisent volontiers…

(les requins, parmi lesquels le requin bouledogue* ou même le requin brisant* – oui, oui, c’est le requin qui vous les brise…- ne cessent eux de bavasser, commenter, argumenter. Vous entendez tout ce bruit que fait le monde ? Et bien, ce sont les requins… Et le bruit en communication, c’est le nom qu’on donne à tout ce qui vient parasiter la conversation) (Vous avez regardé la télé ces derniers jours ? Et bien, vous avez vu des bouledogues et des brisants…) (donc vous voyez de quoi je parle).

Parfois le Bulot, noué de l’intérieur ou juste fatigué, opère un retour aux sources : la cachette de la coquille, protectrice et calme. Il y réfléchit un peu, parfois même pas.
Il écoute ce chuchotement étrange que font les vagues à l’intérieur des coquillages.
C’est tout.

Promenade de Bulot le dimanche (au lieu d'écrire la chronique)

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Ce texte n’est pas léger.

13 fév

Voilà la mort qui revient dans les discussions, des vies lointaines qui partent et quand même ça nous fait vaciller.

Tout se mélange dans ma tête : le chagrin de ceux qui restent, la douleur, les rêves qui s’arrêtent, sa fin à soi, que sera-t-elle ?, la fin de ceux qu’on aime, encore, à venir, il y en aura tellement des moments tragiques…
Quelle folie quand même que vivre…

Et on cherche à quelle histoire se raccrocher, quelle histoire se raconter ?
Pourtant on se la raconte, jour après jour, on y met de l’enthousiasme même parfois. On se dit qu’on n’a pas le choix, qu’il y a cette absurdité à être (passer de la joie bête et légère, danser et rire, être idiots comme des garnements, et voilà que rien ne va, que la peur revient au grand galop, que tout se brouille).
On avance malgré tout, la tête basse ou haute selon les jours, les heures, comme des mules, avec des paniers chargés, des cailloux qui font trébucher, mais on avance vers un truc qui devient de moins en moins rassurant.

Parfois on oublie tout ça, heureusement.
On prend des armes ou on prend des fous rires, mais on y est, bien, détendus, flottants, indestructibles, persuadés que la vie est belle.
Parfois ça dure plus longtemps, on se chahute avec des petites histoires, on croit qu’on a compris comment faire, on construit des maisons ou des projets, on met son pas devant l’autre, et il y a du soleil ou du feu dans la cheminée, et on se dit « Ouais, c’est bien, tout va bien… ».
Parfois on comprend rien mais on fait semblant. Y’a du sens, on se dit, y’a du sens. On le cherche, et ça nous suffit à vivre. Parfois, c’est très beau. Vraiment très beau. On a la peau qui transpire sur une autre peau, par exemple.

Mais les fantômes se multiplient. Faut faire avec. Avec les fantômes aimés. Avec les rencontres ratées. Avec les vides que laissent les fantômes.
Je sais que ça n’est pas léger comme texte.
La tragédie n’est pas un genre, ni une posture. Elle est toujours là.
On va la prendre sous notre bras en cette fin d’hiver, on ne va pas lui tordre le cou, on va juste la regarder en face et on versera les larmes qu’il faudra.
Je sais que ça n’est pas léger comme texte
, mais ce matin j’ai une pensée pour quelques-uns qui pleurent : en Espagne, en Angleterre.

(ça n’est pas lié à mon frère pour ceux qui s’inquièteraient à cause de l’Espagne)

Chronique 9 : vélo, bulot, travaux !

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Pour cause de travaux, pas de chronique du bulot ce dimanche. Cependant, je nous vous laisserai pas sans rien sous la dent…
D’abord, vous pouvez rattraper le temps perdu et lire les 8 chroniques précédentes (au hasard : Un bulot sur une balançoire (5), “L’art de la coquille” ou Comment le bulot survit au milieu des requins…(7), ou pour ceux qui découvrent Chronique du Bulot (ou la bulot-sophie) : le pilote !.

Sachez que les bordelais ont failli avoir un “vélo-bulot”… Mais  Starck lui a préféré un vélo-pibale. (on est pas loin, quand même, non ?) Monsieur Juppé a d’ailleurs relevé sans le savoir une différence notable entre le bulot et la pibale : «(…)  génie de la simplicité. Sans plume, ni paillettes. » (article Sud-ouest)
Ainsi que nous l’avions vu dans la chronique précédente, le Bulot (glamour) aime les paillettes lui, et les plumes aussi sans doute.
Donc amis bulots bordelais, nous déambulerons sur des pibales-bikes !

Si l’ennui vous prend en ce dimanche glacé, vous pouvez aussi évidemment piocher par-ci par-là (Début de bataille ? ou Petit-grand bilan !), ou encore vous faire un ABC : Mon vrac du A, Mon vrac du B, ou Mon vrac du C.
Moi je vais m’initier à la peinture de sol, du côté du 101 !

Et pour finir, cette phrase vue (grâce à l’amie Charlotte) (tu sais, quand y’a eu un rayon de soleil, et qu’on a même pris un café dehors !).

Proverbe

Regarder ou faire ?

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Alors tout à coup, le théâtre chaque jour, un peu matin-midi-et-soir.

Ça n’était pas la semaine pour mettre le nez dehors, franchement, je ne crois pas avoir jamais eu aussi froid, mais ça m’aura permis d’attendre le tram avec des dames en manteaux de fourrure (ah ben oui, sortie de théâtre oblige).
Je reprends dans l’ordre…

Un Midi : Déjeuner avec Hubert, l’acteur du spectacle évoqué ici. Je me dis que j’ai de la chance de rencontrer cette personne-là, cette richesse-là. Un mélange de charisme et de failles, l’énergie du corps et l’âme bouillonnante, les deux qui se tiennent ensemble. L’auteur, celui qui ne fait qu’écrire, n’a pas ce rapport d’équilibre entre tête et corps. Pour l’auteur, c’est la tête, avec les mots qui vont et viennent, qui dirige. J’essaie de lui dérober un peu de cette force, que ça “me traverse”, que ça me bouscule.
Après je grimpe sur l’échelle et je gratte avec rage la peinture qui a débordé sur les vitres, finir le lieu pour qu’il devienne le terrain de jeux.

Premier soir : Le Chemin solitaire, acteurs flamands, création d’après un texte de Arthur Schnitzler. La salle du TNBA grince, je ne parle pas du public (qui grince un peu aussi) mais littéralement de la salle elle-même. J’ai failli demander à l’ouvreuse si c’était moi ou si vraiment la salle grince et craque.
Y’avait quelque chose qui empêchait. Comme une distance entre le public et la scène, malgré quelques moments d’intimité, la complicité d’un rire, un encouragement quand des gens sortent pendant le spectacle. Je ne vais pas souvent au théâtre, alors je ne sais pas si c’était le spectacle lui-même qui rendait des spectateurs habitués incorrects… des connaisseurs qui auraient trouvé la pièce « honteuse », ou mauvaise, et qui se donnent le droit de ne pas respecter. La pièce n’était pas facile, mais le public ne l’était pas non plus.
Deux heures, des instants de grâce, beaucoup de texte, parfois laborieux, parfois un peu long (on connaît l’histoire par cœur finalement, les ressorts sont classiques), mais des passages lumineux. Notamment quand deux acteurs jouent un même personnage : et d’un coup on voit un corps retenir celui qui parle, comme si on avait accès physiquement à nos tiraillements. Ça mérite des applaudissements il me semble. Fin de la pièce, et des gens partent immédiatement, sans même réchauffer ni leurs mains, ni les acteurs.

(je ne sais pas pourquoi, mais quelque chose me dit que ce soir en face de Lorant Deutsch et Tcheky Karyo, va y avoir une sorte de respect que l’on fait aux « stars ») (finalement, c’est intéressant, cette sorte d’étude comparée de 3 spectacles) (me voilà comme une critique qui empile les expériences) (je pense qu’on doit perdre sa naïveté)

Deuxième soir : Le roman d’un trader. Salle immense, je suis tout en haut, assise au milieu de lycéennes surexcitées. Assez vite, l’ennui me prend. J’attends que ça passe, c’est de pire en pire. Je n’avais jamais vécu ça au théâtre, effectivement l’envie de partir. Je suis au théâtre et je regarde TF1. Mal écrit, effets sans intérêt, hystéries, blagues à la Ruquier, pas de fond. Pourtant je suis au TNBA. Les abonnés bordelo-théâtreux dans la salle doivent frémir… Je repense au spectacle précédent, qui reste en moi, signe de son effet, de ce qu’il a sû déclencher. Et ces gens qui sont partis, et pas de rappel. Là, une sorte de politesse (c’est comme ça que je le ressens) donne 2 petits rappels. Pourquoi cette politesse ici ?

Troisième soir : J’ai renoncé à aller voir Inoffensif, à Blanquefort. Le froid, trop de froid tout le temps. Pas mon truc. Le corps qui cède, besoin de l’enrouler dans la couette, inerte, corps mou qui cherche le chaud. Et puis le théâtre intérieur trop puissant, arrêter d’être le spectateur de ses propres jérémiades, ne pas oublier qu’acteur vient du mot Faire, Acta.

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Petit billet sous forme de P.S.

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  • À mon vrac du C, j’aurais pû ajouter celui de Civilisation… Ces gens de l’UMP ont décidément le (seul) talent d’éroder l’intelligence et d’user notre tolérance aux propos cons et dangereux.
    (et là, j’en entends encore un au sujet du mariage homo, et cette posture de « je suis très attaché aux valeurs de… » me hérisse) (classe dominante fatigante)
  • À la radio passe “Smalltown Boy” de Bronski Beat. Je me souviens la semaine dernière que le morceau est passé aussi pendant le cours de gym. Je m’étais dit que c’était étrange d’écouter ce morceau, là à 41 ans, saugrenue devant le miroir à faire mes mouvements arythmiques (ce qui signifie dans une absence totale de coordination) (ce qui signifie aussi présence totale de ridicule) alors que j’écoutais cette même musique à 14 ans en faisant des chorégraphies gracieuses et délicieuses sur le tapis du salon… (je pense que ça n’était pas tout à fait gracieux, mais je croyais que Oui, je croyais que je pouvais être une star, je rêvais beaucoup, fantasmes classiques d’ado, j’adorais ce morceau, je planais, je touchais du doigt quelque chose de dingue : toute la vie à vivre devant soi).
    Y’a un décalage.

    Ça m’a rendue mélancolique un peu.
  • On a vu la neige. Et les sourires qui vont avec. Parce que le paysage est transformé. Pourquoi ça nous fait bien ?

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Pourquoi le bulot est glamour, malgré les apparences et contre toute attente ? (8)

5 fév

Parce qu’à priori, comme ça, un bulot glamour, ça peut paraître un non-sens d’une totale incongruité.
Mais voilà, à force d’observations, je suis obligée de faire ce constat que d’aucuns ne manqueront pas de mettre en doute (les sceptiques, les requins blancs et froids) oui, le bulot est détenteur d’une sensualité encore méconnue du grand public…
(et je n’aborde pas ici la sexualité des bulots. Grâce à un document très sérieux « bulot-bio », transmis par un fan, j’ai appris que le mâle bulot avait un « pénis  pouvant atteindre la moitié de sa coquille ». Je vous laisse imaginer…)

Donc sensualité, glamour, le bulot par son jeu de cache-cache (à quoi sert une coquille, si ce n’est pour apparaître et disparaître aux regards ?) témoigne d’une grande maîtrise du strip-tease. Il a son mystère avec lui, dévoilant quand il veut, une bretelle fine sur une épaule, un peu de peau au bas d’un pull, une cheville nue sous un jean…
Le bulot danse avec cet air de rien, comme solitaire, et pourtant il y a dans son sourire une douceur canaille qui vous attire…
Planqué dans sa coquille, il provoque des mystères… Et le mystère est sexy, n’est-il pas ?

Les requins ne comprennent pas ces choses-là, subtiles et malicieuses ; ils avancent à grands pas, gueules ouvertes, clinquants et bruyants ; ils parlent fort, revendiquent, se prennent pour des héros indispensables à la marche du monde ; ils ne sont que de vils Megachasma pelagios (en latin dans le texte = requin grande gueule) (oui, je n’invente presque rien) (pas ça en tout cas) (et je n’ai pas encore exploité toute la liste des espèces).

Bref, le bulot a pour lui cet art du dévoilement, sa façon de vous échapper pour mieux vous captiver. Et tout ce mystère (mais que fait-il seul dans sa coquille qui scintille… à quel jeu joue-t-il sans moi…) confère au bulot une intense force d’attraction, oui, oui.

Tout glamour, un rien morpion, le désir accroché à la boutonnière, il vogue, l’air vaguement concerné, avec pourtant le feu sacré de son sex-appeal, prêt à vous envoûter…

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Mon vrac du C

3 fév charade-title-screenshot-small

On pourrait commencer par un « Ça Caille » (prononcé à la bordelaise), mais ça pas besoin de moi pour faire le Constat. C’est l’hiver, il fait froid, tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes surtout quand t’as un Chauffage.

Premier mot en C qui a chahuté ma semaine : Choc.
En lisant l’article – dans Owni - “Qui veut voter pour l’enfer ?”, j’ai donc repensé au documentaire La stratégie du Choc d’après l’essai de Naomi Klein. L’analyse du philosophe Jean-Paul Jouary montre que cette stratégie ne faiblit pas, la preuve en est : nous sommes comme tétanisés, ou résignés, ou fatigués, ou abasourdis. Bref des trucs qui rendent immobiles. Monique et Michel Pincon-Charlot le décrivent assez bien ici…
Donc du Choc en veux-tu en voilà qui nous laisserait Coits.
Pas encore comme les grecs, qui eux ont faim (lisez ça, c’est Carrément effarant).

En montant dans le tram, heure d’affluence, j’ai vu ça : les gens qui se lèvent des strapontins pour laisser la place et qui regardent vers la fenêtre. Du coup, ils se tournent le dos, ils regardent en face, vers l’extérieur, hors du tram, hors des gens. L’image était étrange (j’aurais dû prendre une photo, ça aurait été plus clair) : Chacun pour soi, j’ai pensé, on se tourne le dos, on regarde ailleurs… “Ça nous passera, j’m suis dit, ça nous passera, Chaos aussi ça prend un C…”
“Camarades !” j’aurais pû lancer à tous ces gens dans le tramway mais le manque de Courage…

Avec mes Copains, on a parlé de ça ces derniers jours, du manque de Courage et puis aussi des Chagrins d’amour. Le courage d’aller au-delà des limites que l’on se fixe parfois un peu étroites, de cette morale qu’on s’érige pour s’empêcher de, du Corps qui n’a pas toujours les mêmes raisons que le Cœur…
J’ai vu aussi quelqu’un pleurer, et je n’aime pas voir des larmes de Crocodile couler sur un petit visage de fille qui se sent abandonnée. Heureusement, les camarades se serrent les coudes : à ceux-là que je connais bien j’ai osé le dire, il y avait notre courage, et nos câlins, et on a mangé des crêpes et on a crû en nous un instant.

Et puis le C magnifique : Clèves, le dernier roman de Marie Darrieussecq. Enfin lu. Aimé.
La sexualité des adolescents, dans les années 80… Elle écrit ce que l’adolescent que nous avons été n’a jamais osé dire, les pulsions, l’obsession, la permanence des désirs flous et précis à la fois. Aucune mièvrerie, aucune compassion. Une infinie tendresse pour ces petits êtres sans limite que sont les ados, des descriptions crus mélangées à ces instants de grâce absolue que l’on ressent à 15 ans quand on est transporté par un amour, par une musique, par un paysage. Des gros lourdauds, des filles bébêtes, des parents compliqués, des principes et des discours balancés dans des discussions de cour de récrés entre deux commentaires sur les tampons et les garçons, mais aussi les sublimes découvertes du plaisir…
Je me suis souvenue… mais j’ai aussi, de façon très intime, regardé à l’intérieur de mon corps aujourd’hui. L’écriture est délicieuse, quand s’emmêlent le vocabulaire de l’adolescent à la finesse de l’auteur. Elle n’a peur de rien, d’aucun mot.
Voilà enfin un beau C qui réveille l’esprit et relève les dos courbés.

C’est donc par la littérature que tu trouveras le Courage, je me suis dit à la fin…

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“L’art de la coquille” ou Comment le bulot survit au milieu des requins…(7)

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J’ai évoqué ici à maintes reprises le caractère fragile du Bulot, son goût pour un certain flottement et le repli dans la coquille… Pourtant, il ne faudrait pas que les gens confondent la mollesse et la faiblesse.

Le Bulot déteste assez les hystéries, les cris, les excès et le requin-marteau (espèce pas du tout en voie de disparition qui a la fâcheuse tendance à casser tout ce qu’il touche). D’où la coquille, d’où le repli… C’est une sorte de self-défense.
Mais cet art de la coquille suppose une grande capacité à rester seul avec soi-même. Et le bulot maîtrise ça très bien.
Quand il fait son mollusque (outragé, fatigué, discret, ou juste nonchalant), il trouve dans cette solitude des forces à puiser pour de futures aventures, il a la rêverie créative, il se réjouit de la contemplation du ciel et de ses subtiles variations, il encourage son propre retour au silence.

Car franchement que de bruits font les requins ! Et comme ils s’agitent, comme ils agissent en une chose et son contraire à la fois, comme ils foncent dans des compétitions et des désirs toujours insatisfaits…
Le bulot, un peu perdu dans son for(t) intérieur, tâtonne il est vrai, peut sembler moins glamour ou légèrement empêtré, mais il assume et va tranquille, même un peu chagriné, se refaire une santé dans les tréfonds de son âme.
Et son âme, il l’aime bien malgré tout. Il la soigne, il la dorlote, il la nourrit, il la cajole, il la protège des grandes dents des poissons marteaux qu’il entend hurler, là-bas au loin (oui, le requin-marteau hurle. Un peu comme un loup-garou, d’ailleurs une sorte de parenté mystérieuse les unit, cela viendrait d’un lointain passé commun du temps des dinosaures).

L’ami bulot sait qu’il ne compte qu’en lui-même et quelques frères mollusques échoués avec lui sur la grève.
Pour ce faire, il a le courage de s’isoler du monde à grande vitesse, de s’extraire de la marche frénétique des requins hurleurs (et pas grave si pendant ce temps-là on l’oublie un peu, le bulot n’est pas attiré par les feux artificiels des rampes éphémères).

Le Bulot, roi des mollesses, salue donc bien bas tous ses camarades mollusques pour qui l’art de la solitude est tout sauf une gymnastique forcée de l’esprit, ni même un régime à suivre… L’art de la coquille est notre grande force, soyez-en sûrs !


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La palme d’or est attribuée… au Bulot !

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Le bulot, doux rêveur, fantasme parfois sa vie comme un tapis rouge.*
Il deviendrait une sorte de bulot star, invincible aux croche-pattes, en costume de super bulot qui réussirait tout ce qu’il entreprend et même au-delà.
Oui, le bulot a un ego. Fragile certes, mais il a un ego. Pas un ego de type carnassier, il manque même sacrément de cette gnaque qui fait les bons requins, mais il peut se laisser aller à croire qu’un jour il mériterait d’être The king of bulots (ou the Queen). Dans ces instants-là de projection augmentée, il se voit en haut de l’affiche…
Tous les bulots, à un moment donné de leur vie, voudraient toucher à la réussite (c’est-à-dire inverser la tendance, faire la nique à deux-trois requins qui lui marchent sur les pieds, au moins atteindre un objectif ambitieux, au moins une fois) donc le bulot croit qu’il peut. Oui, de temps en temps il fait ça : il y croit.

Mais le bulot trébuche vite sur le réel. Pas qu’il se plante à chaque fois (il y a des tas de bulots devenus célèbres) (si, si), pas qu’il échoue systématiquement (même s’il a ça dans le sang de s’échouer), mais le bulot avec son ego pataud panique vite.
Il rêve… et Hop il doute.
Il s’y voit… et Hop il ne s’y voit plus du tout.
Il se prend à espérer que… et Hop il revient sur terre.
Il fait tout ce qu’il faut pour… et Hop il pense qu’il ne mérite pas. Il se dit « bah non, quand même, on n’a jamais vu un bulot avoir le prix goncourt… » (c’est un exemple).

Alors il garde en lui cette fébrilité permanente.
Quand le bernard l’ermite s’invite, il s’active, il agit (le bulot sait très bien que s’il ne fait rien, il ne se passera rien) (c’est la base de son karma).
Puis le bernard l’ermite se barre, et il retrouve son état initial de doutes et de peurs : il jette un œil sur la plage, se laisse bercer par les flots, se prend quelquefois pour une autre sorte de coquillage et s’enfouit sous le sable, disparition momentanée aux regards des autres, revient à la surface, et se surprend à penser qu’avec un peu de bol sur un autre rivage on le remarquera…
Alors il attend la bonne vague. Parce que c’est sûr (il se dit) la bonne vague pour moi arrivera bien un jour ou l’autre.

*Chronique 6

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